Vous êtes assis dans le bureau d’une directrice pour parler des difficultés de votre fils, et le téléphone sonne. Sophie décroche. Laurent, directeur lui aussi, ne le ferait pas. Dans un entretien croisé, les deux directeurs d’école élémentaire expliquent leur choix, et ce que cela dit de leur quotidien.
En bref
- Dans le bureau de Sophie, la directrice décroche alors qu’une mère parle des difficultés de son fils.
- Laurent, lui aussi directeur d’école élémentaire, laisse sonner quand il reçoit quelqu’un, pour écouter le parent à 100 %.
- Sophie garde son téléphone sur elle, même en conseil des maîtres, alors que Laurent le pose dans son bureau.
Le chiffre clé : 30 secondes, temps que Sophie compte pour régler un appel avant de revenir au parent.
Sophie décroche alors qu’une mère lui parle des difficultés de son fils
La scène a été tournée dans le bureau de Sophie, directrice d’une école élémentaire. Une mère d’élève est assise en face d’elle et détaille les difficultés que rencontre son fils. Soudain, le téléphone de l’école sonne. Sophie prend l’appel.
Elle regarde ensuite cette vidéo avec Laurent, directeur lui aussi d’une école élémentaire. Leur échange, mené sous la forme d’un entretien croisé, part d’un geste minuscule et débouche sur une vraie question de métier : que fait un directeur quand la sonnerie retentit en plein rendez-vous avec un parent ?
Laurent résume l’appel : il s’agit de la cantine, une élève n’y mange pas ce jour-là, et Sophie promet de prévenir. Mais il relève surtout ce que ce geste coûte à la conversation. Dès que Sophie décroche, la mère s’arrête de parler et attend. Sophie, elle, a perdu un peu le fil, même si elle répond que ce n’est pas complètement le cas.
Laurent laisse sonner : un appel qui semble court peut s’éterniser
Face à un parent, Laurent ne répond pas, et il l’assume. Il l’a fait autrefois, mais plus aujourd’hui. Sa raison tient en une crainte : on décroche en pensant en avoir pour dix secondes, et on tombe sur quelqu’un qui commence par un « petit problème » avant de s’étendre longuement.
Il faut alors se démener pour couper, en expliquant qu’on rappellera parce qu’on est en rendez-vous. Laurent juge l’exercice piégeux. Pendant ce temps, la personne assise dans le bureau patiente.
Sophie reconnaît le piège, et elle en donne un exemple daté de la veille. Elle était avec l’AESH pour parler d’un élève de l’école quand le téléphone a sonné. Elle a décroché. C’était l’homme qui vient prendre les photos de classe, aimable, mais avec plein de points à caler. Elle n’arrivait plus à raccrocher, et l’AESH attendait. Son constat : impossible de savoir à l’avance qui appelle.
Sophie préfère régler l’appel en trente secondes plutôt que d’y penser pendant tout le rendez-vous
Pour Sophie, laisser sonner ne fait pas disparaître l’appel. Elle se demande qui cherche à la joindre, si c’est urgent, si elle n’attendait pas justement un coup de fil. Résultat, elle n’écoute plus vraiment la personne en face d’elle. Elle finit souvent par décrocher de toute façon, et le téléphone de l’école ne cessera pas de sonner pour autant.
« Répondre aux urgences c’est aussi ça notre métier. »
Sophie, directrice d’école élémentaire, dans un entretien croisé publié par le Café pédagogique
Elle décroche donc parfois, règle l’affaire en trente secondes et revient à la conversation. Dans la vidéo, elle connaît bien la mère, et ce n’est pas la première fois qu’elles abordent le sujet. Elle y voit aussi un message adressé à cette maman : la directrice a du travail, et si elle la reçoit à la dernière minute, même pour quelque chose d’important, elle le fait sur son temps de travail pour l’école.
Laurent comprend, tout en nuançant. Selon lui, la décision dépend aussi des parents que l’on a en face de soi.
Appels, mails et WhatsApp : Laurent juge le poids du téléphone ingérable
Laurent ne parle pas de l’époque où l’école avait une secrétaire, qui permettait de se concentrer sur la direction. Depuis, dit-il, le poids du téléphone n’a cessé de grandir : les appels, mais aussi les mails et tous les groupes WhatsApp. Il pouvait autrefois laisser l’appareil allumé, même en réunion. Aujourd’hui, s’il ne le pose pas sur son bureau, il notifie toutes les 2 minutes. Il le consulte donc de temps en temps, quand la journée le permet.
Sa situation mêle école et vie personnelle : transfert d’appel, messagerie professionnelle sur son téléphone personnel, WhatsApp sur le même appareil. Une maman déléguée l’appelle, et s’il ne répond pas, elle tente WhatsApp. Le téléphone reste dans le bureau, et il ne circule pas avec dans l’école.
Sophie fait l’inverse. Son téléphone ne la quitte pas, y compris en conseil des maîtres, où elle le pose sur la table. Elle ne se sent pas seule responsable de la ligne. Une fois l’école fermée et les élèves partis, quelqu’un qui appelle à 17 h 30 rappellera le lendemain. Si la sonnerie insiste, c’est peut-être pour une collègue : elle lui passe alors le téléphone. Les collègues répondent aussi à celui de l’école, ce n’est pas qu’elle.
« Personne ne répond » est une réponse normale pour Laurent, pas pour Sophie
Laurent se détache volontairement des outils qui sollicitent en permanence. Pour lui, face à une mère, le minimum est de l’écouter à 100 %, qu’elle ait déjà dit ou non ce qu’elle raconte. Il s’est convaincu que « personne ne répond » pouvait être une réponse normale, comme lorsqu’on appelle un médecin en pleine consultation.
Sophie objecte que son médecin à elle a une secrétaire, et qu’il décroche même en consultation. Elle admet pourtant que les directeurs sont de plus en plus sollicités. Mais elle préfère traiter les choses au fil de l’eau. Sinon, on croise un parent, on va voir le concierge, et au retour on a dix messages à rattraper.
| Situation | Sophie | Laurent |
|---|---|---|
| Un parent est dans le bureau | Décroche parfois, règle l’appel en trente secondes | Laisse sonner |
| Le téléphone portable | Toujours sur elle, posé sur la table en conseil des maîtres | Posé sur le bureau, consulté de temps en temps |
| Ce qu’il craint | Ne plus écouter, obsédée par l’urgence possible | Un appel qui s’éternise et casse l’échange |
Pour vous, parent, cela signifie qu’une même fonction peut se vivre de deux façons. Chez Sophie, votre rendez-vous peut être coupé par un appel bref. Chez Laurent, vous avez toute son attention, mais un appel de votre part peut rester sans réponse immédiate.
Vos questions
Un directeur d’école peut-il laisser sonner le téléphone pendant un rendez-vous ?
Laurent, directeur d’école élémentaire, le fait : quand il est avec quelqu’un, il laisse sonner. Il estime que le minimum est d’écouter le parent à 100 %. Sophie, sa collègue, fait un autre choix et décroche parfois.
Pourquoi Sophie décroche-t-elle même face à une mère d’élève ?
Elle explique qu’en laissant sonner, elle se demande qui appelle et si c’est urgent, et n’écoute plus vraiment son interlocuteur. Elle préfère régler l’appel en trente secondes puis revenir à la conversation. Dans la vidéo, c’est aussi une mère qu’elle connaît bien.
Qui répond au téléphone de l’école après la classe ?
Sophie rappelle que ce n’est pas seulement elle : les collègues répondent aussi au téléphone de l’école. Après la fermeture, quelqu’un qui appelle à 17 h 30 rappellera le lendemain. Si l’information concerne une collègue, Sophie lui passe l’appareil.
Sources : Le Café pédagogique.

