Mission 6e
Mission 6e

Heureux qui, comme Ulysse : la poésie de du Bellay expliquée en CM2

Imagine que tu pars vivre loin de chez toi, dans une grande ville pleine de palais en marbre. Tout est beau, mais tu penses sans arrêt à ta maison, à la fumée qui sort de la cheminée, au petit village où tu as grandi. Ce sentiment a un nom : le mal du pays. C’est exactement ce que raconte « Heureux qui, comme Ulysse » : un poète loin de chez lui qui rêve de rentrer.

Sur cette page, Nova t’a préparé le texte du sonnet dans ses deux orthographes (celle de 1558 et celle qu’on apprend en classe), un lexique des mots difficiles, l’explication strophe par strophe, des conseils pour le réciter et une fiche PDF à télécharger.

Le texte du poème (version modernisée)

Joachim du Bellay (1522-1560) · Les Regrets, sonnet 31 (1558)

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,Ou comme cettui-là qui conquit la toison,Et puis est retourné, plein d’usage et raison,Vivre entre ses parens le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas ! de mon petit villageFumer la cheminée, et en quelle saisonReverrai-je le toit de ma pauvre maison,Qui m’est une province, et beaucoup davantage !

Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeuxQue des palais romains le front audacieux ;Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine ;

Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin,Plus mon petit Liré que le mont Palatin,Et plus que l’air marin la douceur angevine.

Cahier de poésie à imprimer (PDF)Source : Sainte-Beuve, Revue des Deux Mondes, 1840 (Wikisource)

Le sonnet dans l’orthographe de 1558

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,Ou comme cestui là qui conquit la toison,Et puis est retourné, plein d’usage et raison,Vivre entre ses parents le reste de son aage !

Quand reverray-je, helas, de mon petit villageFumer la cheminee, et en quelle saisonReverray-je le clos de ma pauvre maison,Qui m’est une province, et beaucoup d’avantage ?

Plus me plaist le sejour qu’ont basty mes ayeux,Que des palais Romains le front audacieux ;Plus que le marbre dur me plaist l’ardoise fine,

Plus mon Loyre Gaulois, que le Tibre Latin,Plus mon petit Lyré, que le mont Palatin,Et plus que l’air marin la douceur Angevine.

Un mot change au vers 7

En 1558, du Bellay écrit « le clos de ma pauvre maison » : un clos est un terrain entouré d’une clôture. La version modernisée dit « le toit de ma pauvre maison ». Les autres différences ne touchent que l’orthographe.

Source : Les Regrets, édition Léon Séché, 1903 (Wikisource)

Qui était Joachim du Bellay ?

Joachim du Bellay est un poète français, né en Anjou, qui a vécu de 1522 à 1560. De 1553 à 1557, il a habité à Rome, au service de son cousin, le cardinal Jean du Bellay. Là-bas, il s’est ennuyé et il a eu le mal du pays. Son recueil Les Regrets a été publié en 1558 : « Heureux qui, comme Ulysse » en est le sonnet 31. Le poète y compare Rome à Liré, son village natal, en Anjou, près de la Loire.

Les mots difficiles du poème

  • Ulysse : Le héros de l’Odyssée d’Homère. Il rentre chez lui, à Ithaque, après un très long voyage.
  • cettui-là qui conquit la toison : « Cettui-là » veut dire « celui-là ». C’est Jason, qui a ramené la Toison d’or avec les Argonautes. « Conquit » vient du verbe conquérir : gagner, prendre.
  • plein d’usage et raison : Plein d’expérience et de sagesse, grâce à tout ce qu’il a vu pendant son voyage.
  • parens : Sa famille, ses proches. C’est une ancienne orthographe du mot « parents ».
  • le reste de son âge : Le reste de sa vie.
  • Fumer la cheminée : Voir la fumée sortir de la cheminée. C’est le signe qu’un feu brûle dans la maison et que la famille est là.
  • Qui m’est une province : Qui vaut pour moi autant qu’une province, c’est-à-dire une région entière, et même plus encore.
  • le séjour : Ici, l’endroit où l’on habite : la maison de famille. Rien à voir avec un séjour de vacances.
  • aïeux : Les ancêtres : les grands-parents, les arrière-grands-parents et ceux qui ont vécu avant eux dans la famille.
  • le front audacieux : Le « front » d’un bâtiment, c’est son devant, sa façade. « Audacieux » veut dire hardi, qui ose. Les palais se dressent fièrement.
  • l’ardoise fine : L’ardoise est la pierre des toits de l’Anjou. Le poète la préfère au « marbre dur » des palais de Rome.
  • mon Loire gaulois : La Loire, près de laquelle se trouve le village de Liré. « Gaulois » veut dire ici « de chez nous », par opposition à Rome.
  • le Tibre latin : Le Tibre est le fleuve qui traverse Rome. « Latin » veut dire ici « romain ».
  • mon petit Liré : Liré, le village natal de du Bellay, en Anjou, près de la Loire.
  • le mont Palatin : Une des sept collines de Rome.
  • la douceur angevine : La douceur de l’Anjou, la région du poète. « Angevine » veut dire « de l’Anjou ».

Comprendre le poème strophe par strophe

Premier quatrain : Le bonheur de rentrer chez soi

Le poète commence par deux grands voyageurs : Ulysse et Jason, « cettui-là qui conquit la toison ». Ce qui les rend heureux, ce n’est pas seulement le voyage : c’est d’être revenus chez eux, plus sages, pour « Vivre entre ses parens le reste de son âge ». Toute la strophe est une seule longue phrase, qui se termine par un point d’exclamation.

Deuxième quatrain : La maison qui lui manque

Le ton change : avec « hélas ! », le poète parle de lui-même. Loin de chez lui, il se demande quand il reverra la fumée de la cheminée et « le toit de ma pauvre maison ». Cette maison simple compte plus pour lui qu’une région entière : « Qui m’est une province, et beaucoup davantage ! » Les fins de vers reprennent les sons de la première strophe : « village », « saison », « maison », « davantage ».

Premier tercet : Sa maison contre les palais de Rome

Maintenant, le poète compare. D’un côté, « le séjour qu’ont bâti mes aïeux » et « l’ardoise fine » des toits de l’Anjou. De l’autre, « des palais romains le front audacieux » et « le marbre dur ». Les palais de Rome impressionnent, mais c’est sa maison de famille qui lui plaît le plus. Attention à l’ordre des mots : « Plus me plaît le séjour » veut dire « le séjour me plaît plus ».

Second tercet : Son petit Liré plutôt que Rome

Les comparaisons continuent et le mot « plus » revient dans chaque vers. Le poète oppose « mon Loire gaulois » au « Tibre latin », puis « mon petit Liré » au « mont Palatin » : chaque fois, un lieu de chez lui face à un lieu de Rome. Le petit mot « mon » montre combien il y tient. Le sonnet finit sur « la douceur angevine » : l’Anjou a le dernier mot.

Conseils pour réciter « Heureux qui, comme Ulysse »

  • Le premier quatrain est une seule phrase. Respire à fond avant « Heureux », fais juste une petite pause après « voyage » et après « toison », puis garde ton élan jusqu’à « le reste de son âge ! », dit sur un ton joyeux.
  • Le mot « hélas ! » est un soupir : dis-le plus lentement, d’une voix triste. Sur « de mon petit village / Fumer la cheminée », imagine la fumée qui monte au-dessus d’un toit et suis-la des yeux vers le haut.
  • Dans les tercets, utilise tes deux mains : la droite pour chez lui, la gauche pour le reste. Piège aux vers 11 et 14 : l’ordre s’inverse, « le marbre dur » arrive avant « l’ardoise fine », « l’air marin » avant « la douceur angevine ».
  • Appuie un peu sur chaque « Plus » et sur « mon » dans « mon Loire gaulois » et « mon petit Liré » : c’est son pays à lui. Ralentis sur le dernier vers et finis « la douceur angevine » d’une voix douce, presque murmurée.

Ce sonnet fait partie de notre recueil de 28 poésies CM2 à apprendre, période par période. Pour soigner ta récitation, lis aussi la fiche réciter un texte ou un poème en CM2.

Questions fréquentes sur « Heureux qui, comme Ulysse »

Qui a écrit « Heureux qui, comme Ulysse » ?

C’est Joachim du Bellay, un poète français né en Anjou, qui a vécu de 1522 à 1560. Ce sonnet fait partie de son recueil Les Regrets, publié en 1558 : c’est le sonnet 31. De 1553 à 1557, du Bellay avait habité à Rome, au service de son cousin, le cardinal Jean du Bellay, et il s’y était ennuyé loin de chez lui.

Que veut dire le poème ?

Le poète dit qu’on est heureux quand on rentre chez soi après « un beau voyage », comme Ulysse et Jason. Lui est loin de son village et il a le mal du pays. Il compare Rome et sa région, l’Anjou : il préfère sa maison simple aux palais romains, la Loire au Tibre, son « petit Liré » au mont Palatin. Pour lui, rien ne vaut « la douceur angevine ».

Pourquoi le poème existe-t-il en deux orthographes, et laquelle apprendre ?

Le poème a été publié en 1558, avec l’orthographe de l’époque : « cestui là », « aage », « Loyre », « Lyré ». En 1840, le critique Sainte-Beuve l’a cité dans une orthographe modernisée : « cettui-là », « Loire », « Liré ». Au vers 7, un mot change aussi : « le clos » (un terrain entouré d’une clôture) devient « le toit ». Si ton enseignant ou ton enseignante t’a donné une version, apprends celle-là ; sinon, la version modernisée, reprise dans le PDF, est la plus facile à lire.

Qui est « cettui-là qui conquit la toison » ?

C’est Jason. Avec les Argonautes, il a ramené la Toison d’or. Le poète ne donne pas son nom : il faut le deviner. Le mot « cettui-là » est une ancienne façon de dire « celui-là », et « conquit » vient du verbe conquérir. Du Bellay le place à côté d’Ulysse : deux voyageurs partis très loin, puis revenus chez eux.