Mission 6e
Mission 6e

Poésies CM2 : 28 poèmes à apprendre, période par période

Sur cette page, tu trouves 28 poèmes à apprendre en CM2, rangés selon les cinq périodes de l’année scolaire : la rentrée et l’automne, l’hiver et Noël, les grands classiques de janvier-février, le printemps, puis l’été et la fin d’année. Pour chaque poème, tu peux télécharger un PDF cahier de poésie avec un cadre pour ton dessin. Nova t’a aussi préparé des conseils pour dire chaque poème : où respirer, quel mot appuyer, quel ton prendre.

Les parents peuvent accompagner l’enfant sans réciter à sa place : écouter une strophe le soir, la réentendre le lendemain matin et, quand le choix est libre, le laisser prendre le poème qui lui plaît. Ils peuvent aussi lire avec lui les conseils de récitation, puis l’écouter dire le poème debout, comme devant la classe.

Apprendre une poésie en 5 étapes

  1. Lis le poème à voix haute deux ou trois fois, puis raconte avec tes mots ce qu’il dit et cherche le sens des mots inconnus.
  2. Apprends une strophe à la fois : dis le premier vers, cache-le, redis-le, puis ajoute le vers suivant jusqu’à la fin de la strophe.
  3. Associe chaque strophe à une image dans ta tête ou à un petit geste : quand un vers t’échappe, l’image te souffle la suite.
  4. Recopie le poème dans ton cahier de poésie en soignant la ponctuation : les virgules et les points te montrent où respirer.
  5. Récite le soir, puis le lendemain matin, debout devant quelqu’un de ta famille ou devant un miroir, en regardant ton public plutôt que tes pieds.

Pour préparer le passage devant la classe, la fiche réciter un texte ou un poème en CM2 détaille la mise en voix, et la grille d’évaluation de la récitation d’une poésie montre ce qui est observé. Pour inventer tes propres vers, suis la leçon écrire et dire des poèmes en CM2, puis la fiche écrire une poésie sur les saisons.

Poésies d’automne et de rentrée (période 1, septembre-octobre)

L’année commence avec « L’Écolier », où un tout petit enfant parle à une abeille, puis l’automne s’installe dans « Matin d’octobre », « Chanson d’automne », « Ce que disent les hirondelles » et « Saison des semailles. Le soir ». Pour sourire, « Le Corbeau et le Renard » raconte comment un flatteur obtient un fromage.

L’Écolier

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) · Poésies

Un tout petit enfant s’en allait à l’école.On avait dit : allez ! Il tâchait d’obéir ;Mais son livre était lourd, il ne pouvait courir :Il pleure, et suit des yeux une abeille qui vole.

« Abeille, lui dit-il, voulez-vous me parler ?» Moi, je vais à l’école : il faut apprendre à lire ;» Mais le maître est tout noir, et je n’ose pas rire.» Voulez-vous rire, abeille, et m’apprendre à voler ? »

Extrait Les 2 premières strophes d’un poème qui en compte 9. Le texte complet est sur Wikisource.

Un tout petit enfant, chargé d’un livre trop lourd, pleure sur le chemin de l’école et demande à une abeille de lui apprendre à voler : une scène tendre, facile à jouer.

Conseils pour le dire

  • La première strophe raconte, la seconde fait parler l’enfant. Marque une pause après « une abeille qui vole », puis prends une petite voix timide pour « Abeille, lui dit-il, voulez-vous me parler ? ».
  • Sur « Mais son livre était lourd », baisse les épaules comme si tu portais un gros cartable, puis respire après « il ne pouvait courir » avant de dire « Il pleure » plus doucement.
  • Pour finir, lève les yeux vers une abeille imaginaire et fais monter ta voix sur « m’apprendre à voler ? » : l’enfant pose une question pleine d’espoir.

Cahier de poésie à imprimer (PDF)Source du texte : Wikisource

Matin d’octobre

François Coppée (1842-1908) · Le Cahier rouge

C’est l’heure exquise et matinaleQue rougit un soleil soudain.À travers la brume automnaleTombent les feuilles du jardin.

Leur chute est lente. On peut les suivreDu regard en reconnaissantLe chêne à sa feuille de cuivre,L’érable à sa feuille de sang.

Les dernières, les plus rouillées,Tombent des branches dépouillées ;Mais ce n’est pas l’hiver encor.

Une blonde lumière arroseLa nature, et, dans l’air tout rose,On croirait qu’il neige de l’or.

Un matin d’automne, les feuilles tombent lentement dans un jardin baigné de lumière rose et dorée ; les rimes douces et les couleurs donnent envie de dire ce poème sans se presser.

Conseils pour le dire

  • Dis « Leur chute est lente. » en ralentissant vraiment, puis respire au point avant « On peut les suivre » : ta voix descend comme une feuille.
  • Pour la deuxième strophe, imagine deux feuilles dans ta main : une couleur cuivre pour « Le chêne à sa feuille de cuivre », une rouge vif pour « L’érable à sa feuille de sang ».
  • Garde ta voix la plus lumineuse pour la fin : ralentis sur « On croirait qu’il neige de l’or » et ouvre doucement les mains vers le haut, comme si l’or tombait du ciel.

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Chanson d’automne

Paul Verlaine (1844-1896) · Poèmes saturniens

Les sanglots longsDes violonsDe l’automneBlessent mon cœurD’une langueurMonotone.

Tout suffocantEt blême, quandSonne l’heure,Je me souviensDes jours anciensEt je pleure ;

Et je m’en vaisAu vent mauvaisQui m’emporteDeçà, delà,Pareil à laFeuille morte.

À ne pas confondre avec « Ce que disent les hirondelles » de Théophile Gautier, sous-titré lui aussi « Chanson d’automne ».

En vers très courts, le poète compare la tristesse de l’automne à la musique des violons, puis se laisse emporter comme une feuille morte ; les sons de « sanglots longs » bercent l’oreille.

Conseils pour le dire

  • Les vers sont si courts que tu ne dois pas t’arrêter à chaque ligne : respire une seule fois après « De l’automne », puis enchaîne jusqu’à « Monotone. ».
  • Allonge les sons pour imiter la plainte des violons : traîne un peu sur « longs » et sur « Monotone », sans crier, d’une voix grave et lente.
  • Dans la dernière strophe, imagine une feuille qui tourbillonne : balance la main à gauche sur « Deçà », à droite sur « delà », puis laisse-la descendre sur « Feuille morte. ».

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Ce que disent les hirondelles

Théophile Gautier (1811-1872) · Émaux et Camées

Déjà plus d’une feuille sècheParsème les gazons jaunis ;Soir et matin, la brise est fraîche :Hélas ! les beaux jours sont finis !

On voit s’ouvrir les fleurs que gardeLe jardin, pour dernier trésor :Le dahlia met sa cocarde,Et le souci sa toque d’or.

La pluie au bassin fait des bulles ;Les hirondelles sur le toitTiennent des conciliabules :Voici l’hiver, voici le froid !

Extrait Les 3 premières strophes d’un poème qui en compte 16. Le texte complet est sur Wikisource.

Dans Émaux et Camées, ce poème porte le sous-titre « Chanson d’automne ». Pour l’étudier en détail, ouvre la fiche d’étude de la « Chanson d’automne » de Théophile Gautier, avec ses exercices.

Les beaux jours sont finis : feuilles sèches, dernières fleurs du jardin et hirondelles qui discutent sur le toit avant le froid. Les images sont précises et faciles à voir dans ta tête.

Conseils pour le dire

  • Dis « Hélas ! les beaux jours sont finis ! » comme un soupir : marque un temps après « Hélas ! », puis termine d’une voix un peu triste.
  • Le mot « conciliabules » est long : découpe-le en syllabes (con-ci-li-a-bu-les) pour bien le dire, et imagine les hirondelles alignées sur le toit qui chuchotent entre elles.
  • Change de ton pour le dernier vers : « Voici l’hiver, voici le froid ! » sonne comme une alerte. Dis-le un peu plus vite, en frissonnant, comme si les hirondelles prévenaient tout le monde.

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Saison des semailles. Le soir

Victor Hugo (1802-1885) · Les Chansons des rues et des bois

C’est le moment crépusculaire.J’admire, assis sous un portail,Ce reste de jour dont s’éclaireLa dernière heure du travail.

Dans les terres, de nuit baignées,Je contemple, ému, les haillonsD’un vieillard qui jette à poignéesLa moisson future aux sillons.

Sa haute silhouette noireDomine les profonds labours.On sent à quel point il doit croireÀ la fuite utile des jours.

Il marche dans la plaine immense,Va, vient, lance la graine au loin,Rouvre sa main, et recommence,Et je médite, obscur témoin,

Pendant que, déployant ses voiles,L’ombre, où se mêle une rumeur,Semble élargir jusqu’aux étoilesLe geste auguste du semeur.

À la tombée du jour, le poète regarde un vieil homme semer des graines dans un champ immense ; les vers amples se disent lentement, comme on marche dans un labour.

Conseils pour le dire

  • Le semeur « Va, vient, lance la graine au loin » : fais le geste de semer avec ton bras à chaque verbe, en avançant d’un pas, pour retenir l’ordre des actions.
  • Les deux dernières strophes forment une seule longue phrase : respire après « obscur témoin, » puis après « une rumeur, », et garde assez de souffle pour « Le geste auguste du semeur. ».
  • Le mot « crépusculaire » veut dire au moment où le jour tombe : dis-le lentement, en baissant un peu la voix, comme la lumière qui s’éteint.

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Le Corbeau et le Renard

Jean de La Fontaine (1621-1695) · Fables, livre I

Maître corbeau, sur un arbre perché,Tenait en son bec un fromage.Maître renard, par l’odeur alléché,Lui tint à peu près ce langage :Hé ! bonjour, monsieur du corbeau.Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !Sans mentir, si votre ramageSe rapporte à votre plumage,Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois.À ces mots le corbeau ne se sent pas de joie ;Et, pour montrer sa belle voix,Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.Le renard s’en saisit, et dit : Mon bon monsieur,Apprenez que tout flatteurVit aux dépens de celui qui l’écoute :Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.Le corbeau, honteux et confus,Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

Un renard rusé couvre un corbeau de compliments pour lui faire lâcher son fromage ; avec ses deux personnages et sa leçon finale, la fable se joue comme une petite scène de théâtre.

Conseils pour le dire

  • Donne au renard une voix mielleuse sur « Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! », avec une petite révérence, comme un flatteur qui en fait trop.
  • Avant « Il ouvre un large bec », fais une courte pause, puis dis « laisse tomber sa proie » en ouvrant la main : le geste t’aide à retrouver le vers.
  • Quand le renard donne sa leçon, prends une voix posée et appuie sur « tout flatteur ». Termine « honteux et confus » en baissant la tête comme le corbeau.

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Poésies d’hiver et de Noël (période 2, novembre-décembre)

Dans « Nuit de neige » et « Dans l’interminable ennui de la plaine », la neige couvre tout et les bêtes ont froid, tandis que « Noël » raconte la naissance de Jésus dans une crèche froide. Deux fables complètent la période : « La Cigale et la Fourmi », où la cigale n’a plus rien à manger quand vient la bise, et « Le Chêne et le Roseau », où le vent du Nord déracine le chêne.

Nuit de neige

Guy de Maupassant (1850-1893) · Des vers

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.Mais on entend parfois, comme une morne plainte,Quelque chien sans abri qui hurle au coin d’un bois.

Plus de chansons dans l’air, sous nos pieds plus de chaumes.L’hiver s’est abattu sur toute floraison ;Des arbres dépouillés dressent à l’horizonLeurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.On dirait qu’elle a froid dans le grand ciel austère.De son morne regard elle parcourt la terre,Et, voyant tout désert, s’empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu’elle darde,Fantastiques lueurs qu’elle s’en va semant ;Et la neige s’éclaire au loin, sinistrement,Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !Un vent glacé frissonne et court par les allées ;Eux, n’ayant plus l’asile ombragé des berceaux,Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglasIls sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;De leur œil inquiet ils regardent la neige,Attendant jusqu’au jour la nuit qui ne vient pas.

Une nuit d’hiver, la plaine est blanche, la lune pâle s’en va et les petits oiseaux tremblent dans les arbres ; le poème fait sentir le froid et le silence.

Conseils pour le dire

  • Commence presque en chuchotant : « Pas un bruit, pas un son » demande une voix très basse, avec une pause à chaque virgule pour faire entendre le silence de la plaine.
  • Le poème compte six strophes, à grouper deux par deux : la plaine et les arbres nus, puis la lune, puis les oiseaux. Pense à ces trois images avant de réciter.
  • Sur « Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux ! », change de ton : ta voix devient plus forte et plus inquiète. Serre tes bras contre toi comme si tu avais froid.

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Noël

Théophile Gautier (1811-1872) · Émaux et Camées

Le ciel est noir, la terre est blanche ;- Cloches, carillonnez gaîment ! -Jésus est né ; - la Vierge pencheSur lui son visage charmant.

Pas de courtines festonnéesPour préserver l’enfant du froid ;Rien que les toiles d’araignéesQui pendent des poutres du toit.

Il tremble sur la paille fraîche,Ce cher petit enfant Jésus,Et pour l’échauffer dans sa crècheL’âne et le bœuf soufflent dessus.

La neige au chaume coud ses franges,Mais sur le toit s’ouvre le ciel,Et, tout en blanc, le chœur des angesChante aux bergers : « Noël ! Noël ! »

Sous un toit plein de toiles d’araignées, l’enfant Jésus tremble sur la paille ; l’âne et le bœuf le réchauffent et les anges chantent. Les vers courts se retiennent vite.

Conseils pour le dire

  • Le premier vers oppose deux couleurs : dans « Le ciel est noir, la terre est blanche », appuie sur « noir » en montrant le ciel, puis sur « blanche » en montrant le sol.
  • Dis « L’âne et le bœuf soufflent dessus » en soufflant un peu sur tes mains réunies : ce petit geste t’aide à retrouver la fin de la troisième strophe.
  • Garde de l’énergie pour la fin : « Noël ! Noël ! » est un chant joyeux. Dis le premier « Noël ! » assez fort, le second encore plus fort, avec un sourire.

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Dans l’interminable ennui de la plaine

Paul Verlaine (1844-1896) · Romances sans paroles

Dans l’interminableEnnui de la plaineLa neige incertaineLuit comme du sable.

Le ciel est de cuivreSans lueur aucune,On croirait voir vivreEt mourir la lune.

Comme des nuéesFlottent gris les chênesDes forêts prochainesParmi les buées.

Le ciel est de cuivreSans lueur aucune.On croirait voir vivreEt mourir la lune.

Corneille poussiveEt vous les loups maigres,Par ces bises aigresQuoi donc vous arrive ?

Dans l’interminableEnnui de la plaineLa neige incertaineLuit comme du sable.

Une plaine sous la neige, un ciel couleur de cuivre, des loups maigres et une corneille : le poème tourne en rond avec ses strophes répétées, ce qui le rend facile à apprendre.

Conseils pour le dire

  • Deux strophes reviennent : la première est répétée à la fin, la deuxième en quatrième position. Tu n’as donc que quatre strophes différentes à apprendre.
  • Dis « Dans l’interminable » lentement, sans couper : étire le mot pour qu’on sente l’ennui de cette plaine qui n’en finit pas.
  • Dans la cinquième strophe, le poète parle aux bêtes : tourne la tête comme si tu les voyais et pose vraiment la question « Quoi donc vous arrive ? », d’une voix inquiète.

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La Cigale et la Fourmi

Jean de La Fontaine (1621-1695) · Fables, livre I

La cigale, ayant chantéTout l’été,Se trouva fort dépourvueQuand la bise fut venue :Pas un seul petit morceauDe mouche ou de vermisseau.Elle alla crier famineChez la fourmi, sa voisine,La priant de lui prêterQuelque grain pour subsisterJusqu’à la saison nouvelle.Je vous paierai, lui dit-elle,Avant l’oût, foi d’animal,Intérêt et principal.La fourmi n’est pas prêteuse :C’est là son moindre défaut.Que faisiez-vous au temps chaud ?Dit-elle à cette emprunteuse. -Nuit et jour à tout venantJe chantais, ne vous déplaise. -Vous chantiez, j’en suis fort aise !Eh bien ! dansez maintenant.

La cigale a chanté tout l’été et n’a plus rien à manger quand l’hiver arrive, mais la fourmi refuse de l’aider ; les répliques vives se jouent à deux voix.

Conseils pour le dire

  • Donne deux voix bien différentes : une voix suppliante pour « Je vous paierai, lui dit-elle », puis une voix sèche pour « Que faisiez-vous au temps chaud ? ».
  • Pour « Elle alla crier famine », prends un air affamé et pose la main sur ton ventre : ce geste rappelle que la cigale n’a plus « Pas un seul petit morceau ».
  • Termine sur « Eh bien ! dansez maintenant. » : fais un petit temps après « Eh bien ! », puis dis la fin avec un geste de la main vers la porte, comme la fourmi qui renvoie la cigale.

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Le Chêne et le Roseau

Jean de La Fontaine (1621-1695) · Fables, livre I

Le chêne un jour dit au roseau :Vous avez bien sujet d’accuser la nature ;Un roitelet pour vous est un pesant fardeau :Le moindre vent qui d’aventureFait rider la face de l’eau,Vous oblige à baisser la tête ;Cependant que mon front, au Caucase pareil,Non content d’arrêter les rayons du soleil,Brave l’effort de la tempête.Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr.Encor si vous naissiez à l’abri du feuillageDont je couvre le voisinage,Vous n’auriez pas tant à souffrir,Je vous défendrais de l’orage :Mais vous naissez le plus souventSur les humides bords des royaumes du vent.La nature envers vous me semble bien injuste.Votre compassion, lui répondit l’arbuste,Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci :Les vents me sont moins qu’à vous redoutables ;Je plie et ne romps pas. Vous avez jusqu’iciContre leurs coups épouvantablesRésisté sans courber le dos ;Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,Du bout de l’horizon accourt avec furieLe plus terrible des enfantsQue le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.L’arbre tient bon ; le roseau plie.Le vent redouble ses efforts,Et fait si bien qu’il déracineCelui de qui la tête au ciel était voisine,Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.

Le grand chêne plaint le petit roseau, trop fragile à ses yeux, mais la tempête finit par renverser l’arbre ; la fable est longue, avec du suspense jusqu’au dernier vers.

Conseils pour le dire

  • Découpe la fable en trois parties : le discours du chêne jusqu’à « me semble bien injuste », la réponse du roseau, puis la tempête à partir de « Du bout de l’horizon ».
  • Pour le chêne, bombe le torse et prends une voix grave ; pour « Je plie et ne romps pas », plie doucement ton corps sur le côté, puis redresse-toi.
  • Dis « L’arbre tient bon ; le roseau plie. » en deux temps, avec une pause au point-virgule, puis ralentis sur les deux derniers vers pour faire tomber le chêne.

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Grands classiques de l’hiver (période 3, janvier-février)

Janvier et février réunissent de grands classiques à dire lentement : « Heureux qui, comme Ulysse », « Mes deux filles », « Le Vase brisé » et « Les Roses de Saadi ». Pour changer de rythme, « Le Hareng saur » joue avec les répétitions et la fable « Le Grillon » montre qu’on vit plus tranquille loin des regards.

Heureux qui, comme Ulysse

Joachim du Bellay (1522-1560) · Les Regrets

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,Ou comme cettui-là qui conquit la toison,Et puis est retourné, plein d’usage et raison,Vivre entre ses parens le reste de son âge !

Premier quatrain Le sonnet complet, dans sa version modernisée et dans l’orthographe de 1558, est sur la page « Heureux qui, comme Ulysse » expliqué strophe par strophe, avec le sens des mots difficiles.

Loin de chez lui, le poète rêve de revoir son petit village et la fumée de sa maison ; ce sonnet dit avec douceur l’envie de rentrer chez soi.

Conseils pour le dire

  • Dans le premier vers, respire après « Heureux qui, comme Ulysse, » puis dis « a fait un beau voyage » d’un seul élan, avec le sourire d’un voyageur content.
  • Les deux dernières strophes comparent sans cesse deux choses : dans « Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin », pose la main sur ton cœur pour « mon Loire », puis repousse « le Tibre » d’un geste.
  • Le mot « parens » s’écrit à l’ancienne : il veut dire parents. De même, « cettui-là » veut dire celui-là. Comprends-les avant de réciter pour ne pas buter dessus.

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Le Hareng saur

Charles Cros (1842-1888) · Le Coffret de santal

Il était un grand mur blanc - nu, nu, nu,Contre le mur une échelle - haute, haute, haute,Et, par terre, un hareng saur - sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains - sales, sales, sales,Un marteau lourd, un grand clou - pointu, pointu, pointu,Un peloton de ficelle - gros, gros, gros.

Alors il monte à l’échelle - haute, haute, haute,Et plante le clou pointu - toc, toc, toc,Tout en haut du grand mur nu - nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau - qui tombe, qui tombe, qui tombe,Attache au clou la ficelle - longue, longue, longue,Et, au bout, le hareng saur - sec, sec, sec.

Il redescend de l’échelle - haute, haute, haute,L’emporte avec le marteau - lourd, lourd, lourd ;Et puis, il s’en va ailleurs - loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur - sec, sec, sec,Au bout de cette ficelle - longue, longue, longue,Très lentement se balance - toujours, toujours, toujours.

J’ai composé cette histoire - simple, simple, simple,Pour mettre en fureur les gens - graves, graves, graves,Et amuser les enfants - petits, petits, petits.

Un homme accroche un hareng sec au bout d’une ficelle, tout en haut d’un grand mur blanc ; chaque vers finit par un mot répété trois fois, comme un jeu pour la voix.

Conseils pour le dire

  • Fais varier les mots répétés selon leur sens : « haute, haute, haute » en montant la voix, « toc, toc, toc » en frappant du poing, « loin, loin, loin » de plus en plus bas.
  • Les strophes suivent l’histoire dans l’ordre : le décor, l’homme qui arrive, le clou planté, le hareng attaché, le départ, le hareng qui se balance. Mime chaque étape pour ne pas les mélanger.
  • Pour la dernière strophe, prends un air sérieux sur « graves, graves, graves », puis fais un grand sourire sur « petits, petits, petits » en regardant ton public.

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Le Grillon

Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794) · Fables, livre II

Un pauvre petit grillonCaché dans l’herbe fleurie,Regardait un papillonVoltigeant dans la prairie.L’insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;L’azur, le pourpre et l’or éclataient sur ses ailes ;Jeune, beau, petit-maître, il court de fleurs en fleurs,Prenant et quittant les plus belles.Ah ! disait le grillon, que son sort et le mienSont différents ! Dame naturePour lui fit tout, et pour moi rien.Je n’ai point de talent, encor moins de figure ;Nul ne prend garde à moi, l’on m’ignore ici-bas :Autant vaudrait n’exister pas.Comme il parlait, dans la prairieArrive une troupe d’enfants ;Aussitôt les voilà courantsAprès ce papillon dont ils ont tous envie.Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l’attraper ;L’insecte vainement cherche à leur échapper,Il devient bientôt leur conquête.L’un le saisit par l’aile, un autre par le corps ;Un troisième survient, et le prend par la tête ;Il ne fallait pas tant d’effortsPour déchirer la pauvre bête.Oh ! oh ! dit le grillon, je ne suis plus fâché ;Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.Combien je vais aimer ma retraite profonde !Pour vivre heureux vivons caché.

Un petit grillon envie un papillon aux belles couleurs, jusqu’au moment où des enfants attrapent ce papillon ; la fable mêle récit et dialogue, avec une fin qui fait réfléchir.

Conseils pour le dire

  • Pour la plainte du grillon, baisse les épaules et prends une voix triste sur « Je n’ai point de talent, encor moins de figure », comme quelqu’un qui boude.
  • Accélère quand les enfants arrivent : « Chapeaux, mouchoirs, bonnets » se dit vite, comme une course. Ralentis ensuite nettement sur « Pour déchirer la pauvre bête ».
  • Le grillon change d’avis : dis « Oh ! oh ! » avec surprise, fais une pause, puis termine « Pour vivre heureux vivons caché » d’une voix calme, comme un secret.

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Mes deux filles

Victor Hugo (1802-1885) · Les Contemplations

Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe,L’une pareille au cygne et l’autre à la colombe,Belles, et toutes deux joyeuses, ô douceur !Voyez, la grande sœur et la petite sœurSont assises au seuil du jardin, et sur ellesUn bouquet d’œillets blancs aux longues tiges frêles,Dans une urne de marbre agité par le vent,Se penche, et les regarde, immobile et vivant,Et frissonne dans l’ombre, et semble, au bord du vase,Un vol de papillons arrêté dans l’extase.

Le soir, au bord d’un jardin, le poète regarde ses deux filles assises sous un bouquet d’œillets blancs ; le poème, très doux, se dit comme on décrit un tableau.

Conseils pour le dire

  • Le poème ne contient que deux phrases. Dans la seconde, respire après « Sont assises au seuil du jardin, » puis après « immobile et vivant, » pour arriver au dernier vers sans t’essouffler.
  • Sur « L’une pareille au cygne et l’autre à la colombe », montre une main puis l’autre, comme si tu présentais les deux sœurs, la grande d’abord.
  • Termine très doucement sur « Un vol de papillons arrêté dans l’extase » : imagine les fleurs blanches immobiles et laisse ta voix s’arrêter, elle aussi.

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Le Vase brisé

Sully Prudhomme (1839-1907) · Poésies 1865-1866, « La Vie intérieure »

Le vase où meurt cette verveineD’un coup d’éventail fut fêlé ;Le coup dut effleurer à peine :Aucun bruit ne l’a révélé.

Mais la légère meurtrissure,Mordant le cristal chaque jour,D’une marche invisible et sûreEn a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte à goutte,Le suc des fleurs s’est épuisé ;Personne encore ne s’en doute ;N’y touchez pas, il est brisé.

Souvent aussi la main qu’on aime,Effleurant le cœur, le meurtrit ;Puis le cœur se fend de lui-même,La fleur de son amour périt ;

Toujours intact aux yeux du monde,Il sent croître et pleurer tout basSa blessure fine et profonde ;Il est brisé, n’y touchez pas.

Un vase fêlé par un petit coup perd son eau goutte à goutte et sa fleur meurt, comme un cœur blessé en secret ; les deux fins qui se répondent rendent le poème musical.

Conseils pour le dire

  • Les trois premières strophes parlent du vase, les deux dernières du cœur. Marque ce passage par un silence avant « Souvent aussi la main qu’on aime », et prends une voix plus intime.
  • Dis « goutte à goutte » lentement, en détachant chaque mot, et fais tomber ton doigt deux fois, comme une goutte d’eau qui s’échappe du vase.
  • Les deux fins se répondent : « N’y touchez pas, il est brisé. » puis « Il est brisé, n’y touchez pas. ». Dis-les à voix basse, la main levée pour arrêter quelqu’un.

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Les Roses de Saadi

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) · Poésies inédites

J’ai voulu, ce matin, te rapporter des roses ;Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closesQue les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envoléesDans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir.

La vague en a paru rouge et comme enflammée :Ce soir ma robe encore en est toute embaumée…Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Celle qui parle voulait rapporter des roses, mais le vent les a emportées jusqu’à la mer et il ne reste que leur parfum ; trois strophes courtes, faciles à retenir.

Conseils pour le dire

  • Sur « Les nœuds ont éclaté. », ouvre brusquement les mains, puis fais-les flotter doucement pour « Les roses envolées » : ta voix passe de la surprise à la légèreté.
  • Chaque strophe finit par la même rime : « contenir », « revenir », « souvenir ». Allonge un peu ces mots, ils donnent sa musique au poème et t’aident à retrouver la fin.
  • Pour le dernier vers, approche une main de ton visage comme si tu respirais un parfum, et dis « Respires-en sur moi l’odorant souvenir » tout doucement.

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Poésies de printemps (période 4, mars-avril)

Le printemps arrive avec « Le temps a laissié son manteau », « Premier sourire du printemps » et « Avril », qui guettent le retour de la belle saison. « Le Papillon » et « Mignonne, allons voir si la rose » parlent de vies aussi courtes que celle d’une fleur, et « Le Lièvre et la Tortue » rappelle qu’il faut partir à temps.

Le temps a laissié son manteau

Charles d’Orléans (1394-1465) · Rondeaux

Le temps a laissié son manteauDe vent, de froidure et de pluye,Et s’est vestu de brouderie,De soleil luyant, cler et beau.Il n’y a beste, ne oyseau,Qu’en son jargon ne chante ou crie :Le temps a laissié son manteauDe vent, de froidure et de pluye.Riviere, fontaine et ruisseauPortent, en livrée jolie,Gouttes d’argent d’orfavrerie,Chascun s’abille de nouveau :Le temps a laissié son manteau.

Le temps enlève son manteau de pluie et de froid pour s’habiller de soleil, et toutes les bêtes chantent ; le refrain qui revient trois fois aide à retenir le poème.

Conseils pour le dire

  • Le refrain « Le temps a laissié son manteau » revient trois fois : à chaque fois, fais le geste d’ôter un manteau de tes épaules, de plus en plus joyeusement.
  • Avant d’apprendre, cherche le sens des mots anciens : « laissié » veut dire laissé, « vestu » veut dire vêtu, « brouderie » veut dire broderie. Ensuite, ils ne te feront plus trébucher.
  • À l’entraînement, après « Qu’en son jargon ne chante ou crie », imite un petit cri d’oiseau : ce clin d’œil sonore t’aide à garder la strophe en tête.

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Premier sourire du printemps

Théophile Gautier (1811-1872) · Émaux et Camées

Tandis qu’à leurs œuvres perversesLes hommes courent haletants,Mars qui rit, malgré les averses,Prépare en secret le printemps.

Pour les petites pâquerettes,Sournoisement, lorsque tout dort,Il repasse des collerettesEt cisèle des boutons d’or.

Dans le verger et dans la vigneIl s’en va, furtif perruquier,Avec une houppe de cygne,Poudrer à frimas l’amandier.

La nature au lit se repose ;Lui, descend au jardin désertEt lace les boutons de roseDans leur corset de velours vert.

Tout en composant des solfèges,Qu’aux merles il siffle à mi-voix,Il sème aux prés les perce-neigesEt les violettes aux bois.

Sur le cresson de la fontaineOù le cerf boit, l’oreille au guet,De sa main glacée il égrèneLes grelots d’argent du muguet.

Sous l’herbe, pour que tu la cueilles,Il met la fraise au teint vermeil,Et te tresse un chapeau de feuillesPour te garantir du soleil.

Puis, lorsque sa besogne est faiteEt que son règne va finir,Au seuil d’avril tournant la tête,Il dit : « Printemps, tu peux venir ! »

Mars, comme un petit artisan malicieux, prépare en secret les fleurs du printemps pendant que tout dort ; chaque strophe montre un nouveau travail, comme les pages d’un album.

Conseils pour le dire

  • Le poème est long : retiens les travaux de Mars dans l’ordre, avec un geste pour chacun. Il « repasse des collerettes », va « Poudrer à frimas l’amandier », puis « lace les boutons de rose ».
  • Dis « Sournoisement, lorsque tout dort, » à voix basse, un doigt sur la bouche, comme si Mars travaillait en cachette sans réveiller personne.
  • Garde ta voix la plus claire pour la fin : tourne la tête sur « Au seuil d’avril tournant la tête », puis lance joyeusement « Printemps, tu peux venir ! ».

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Avril

Gérard de Nerval (1808-1855) · Odelettes, dans Petits châteaux de Bohême

Déjà les beaux jours, la poussière,Un ciel d’azur et de lumière,Les murs enflammés, les longs soirs ;Et rien de vert : à peine encoreUn reflet rougeâtre décoreLes grands arbres aux rameaux noirs !

Ce beau temps me pèse et m’ennuie,Ce n’est qu’après des jours de pluieQue doit surgir, en un tableau,Le printemps verdissant et rose ;Comme une nymphe fraîche éclose,Qui, souriante, sort de l’eau.

Il fait déjà beau, mais les arbres sont encore noirs et le poète attend la pluie qui fera verdir le printemps ; deux strophes courtes qui finissent sur une belle image.

Conseils pour le dire

  • La première strophe est une liste : compte sur tes doigts « la poussière », « Un ciel d’azur », « Les murs enflammés », « les longs soirs », puis marque un arrêt avant « Et rien de vert ».
  • Sur « Ce beau temps me pèse et m’ennuie », prends une voix lasse, presque en soupirant : le poète n’aime pas ce beau temps sans verdure.
  • Pour la fin, imagine la « nymphe » qui sort de l’eau en souriant : lève doucement la main sur « Qui, souriante, sort de l’eau. » et ralentis sur les derniers mots.

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Le Papillon

Alphonse de Lamartine (1790-1869) · Méditations poétiques

Naître avec le printemps, mourir avec les roses ;Sur l’aile du zéphyr nager dans un ciel pur ;Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,S’enivrer de parfums, de lumière et d’azur ;Secouant, jeune encor, la poudre de ses ailes,S’envoler comme un souffle aux voûtes éternelles,Voilà du papillon le destin enchanté :Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,Retourne enfin au ciel chercher la volupté.

En dix vers, le poète raconte la vie d’un papillon, qui naît au printemps et s’achève avec les roses ; les vers longs et souples donnent l’impression de flotter dans l’air.

Conseils pour le dire

  • Les six premiers vers sont une liste d’actions : « Naître », « mourir », « nager », « S’enivrer », « S’envoler ». Appuie légèrement sur chaque verbe pour suivre la vie du papillon jusqu’au bout.
  • Respire avant « Voilà du papillon le destin enchanté » : ce vers résume tout ce qui précède. Dis-le plus lentement, en écartant les bras comme des ailes.
  • Sur « Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose », fais voler ta main sans jamais la poser, puis lève-la vers le ciel au dernier vers.

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Mignonne, allons voir si la rose

Pierre de Ronsard (1524-1585) · Odes

Mignonne, allons voir si la roseQui ce matin avait décloseSa robe, de pourpre au soleilA point perdu cette vêpréeLes plis de sa robe pourprée,Et son teint au vôtre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,Mignonne, elle a dessus la place,Las ! las ! ses beautés laissé choir !Ô vraiment marâtre Nature,Puisqu’une telle fleur ne dureQue du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,Tandis que votre âge fleuronneEn sa plus verte nouveauté,Cueillez, cueillez votre jeunesse :Comme à cette fleur, la vieillesseFera ternir votre beauté.

Le poète invite une jeune fille à regarder une rose fanée en une seule journée, pour lui rappeler que la jeunesse passe vite ; les vers courts sonnent comme une chanson.

Conseils pour le dire

  • Comprends d’abord les mots anciens : « vêprée » veut dire le soir, « Las ! » veut dire hélas, « choir » veut dire tomber. Ensuite, ils ne te gêneront plus pour réciter.
  • Dis « Las ! las ! » comme deux soupirs de plus en plus tristes, en montrant du doigt la rose fanée, puis laisse retomber ta main sur « laissé choir ».
  • Dans la dernière strophe, appuie fort sur « Cueillez, cueillez votre jeunesse » : c’est le conseil du poète. Fais le geste de cueillir une fleur à chaque « cueillez ».

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Le Lièvre et la Tortue

Jean de La Fontaine (1621-1695) · Fables, livre VI

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point :Le lièvre et la tortue en sont un témoignage.Gageons, dit celle-ci, que vous n’atteindrez pointSitôt que moi ce but. Sitôt ! êtes-vous sage ?Repartit l’animal léger :Ma commère, il vous faut purgerAvec quatre grains d’ellébore.- Sage ou non, je parie encore.Ainsi fut fait ; et de tous deuxOn mit près du but les enjeux.Savoir quoi, ce n’est pas l’affaire,Ni de quel juge l’on convint.Notre lièvre n’avait que quatre pas à faire ;J’entends de ceux qu’il fait lorsque, près d’être atteint,Il s’éloigne des chiens, les renvoie aux calendes,Et leur fait arpenter les landes.Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,Pour dormir, et pour écouterD’où vient le vent, il laisse la tortueAller son train de sénateur.Elle part, elle s’évertue ;Elle se hâte avec lenteur.Lui cependant méprise une telle victoire,Tient la gageure à peu de gloire,Croit qu’il y va de son honneurDe partir tard. Il broute, il se repose ;Il s’amuse à toute autre choseQu’à la gageure. À la fin, quand il vitQue l’autre touchait presque au bout de la carrière,Il partit comme un trait ; mais les élans qu’il fitFurent vains : la tortue arriva la première.Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?De quoi vous sert votre vitesse ?Moi l’emporter ! et que serait-ceSi vous portiez une maison ?

Le lièvre, trop sûr de sa vitesse, prend son temps avant de partir et la tortue gagne la course ; la fable commence par sa leçon et se termine par une moquerie très drôle.

Conseils pour le dire

  • Le premier vers est la leçon de la fable : dis « Rien ne sert de courir » lentement, fais une pause au point-virgule, puis appuie sur « partir à point ».
  • Fais entendre la différence de vitesse : « Elle se hâte avec lenteur » se dit doucement, mot après mot, alors que « Il partit comme un trait » part d’un coup.
  • Repère trois moments : le pari, le lièvre qui « broute » et se repose, puis la course finale. Dis la dernière réplique de la tortue avec un petit air moqueur.

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Poésies d’été et de fin d’année (période 5, mai-juin)

Pour finir l’année, « Sensation » et « Ma Bohême » donnent envie de partir marcher dehors, et « Le ciel est, par-dessus le toit » regarde un ciel tout bleu au-dessus d’un toit. « La Coccinelle » se termine par un jeu de mots malicieux, et « Le Laboureur et ses Enfants » laisse une dernière leçon avant les vacances : le travail est un trésor.

Sensation

Arthur Rimbaud (1854-1891) · Poésies complètes

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.Je laisserai le vent baigner ma tête nue !

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :Mais l’amour infini me montera dans l’âme,Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémienPar la Nature, - heureux comme avec une femme.

Le poète imagine une promenade dans les sentiers, un soir d’été, la tête au vent et l’herbe fraîche sous les pieds ; deux strophes seulement, pleines de liberté.

Conseils pour le dire

  • Le poème est au futur : appuie sur « j’irai », « Je laisserai » et « Je ne parlerai pas », comme une promesse que tu te fais, avec un léger sourire.
  • Après « Je ne parlerai pas, je ne penserai rien », fais un silence de deux secondes : ce blanc fait entendre le calme dont parle le vers.
  • Sur « Et j’irai loin, bien loin », tends le bras vers l’horizon et laisse ta voix s’éloigner, de plus en plus douce sur « bien loin ».

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Ma Bohême

Arthur Rimbaud (1854-1891) · Poésies complètes

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;Mon paletot aussi devenait idéal ;J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.- Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma courseDes rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse ;- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.

Et je les écoutais, assis au bord des routes,Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttesDe rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,Comme des lyres, je tirais les élastiquesDe mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

Le poète raconte ses longues marches sous les étoiles, avec des habits troués et des souliers abîmés, en inventant des rimes ; un poème à la fois drôle et rêveur.

Conseils pour le dire

  • Commence d’un pas tranquille, les mains dans les poches, sur « Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées » : le geste te donne tout de suite le ton du poème.
  • Dis « Oh ! là là ! » avec un grand sourire et un peu d’exagération, comme quelqu’un qui se moque gentiment de lui-même.
  • Les deux dernières strophes forment une seule phrase : respire après « assis au bord des routes, » puis après « un vin de vigueur ; », et finis « un pied près de mon cœur ! » en levant un peu le pied.

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La Coccinelle

Victor Hugo (1802-1885) · Les Contemplations

Elle me dit : Quelque choseMe tourmente. Et j’aperçusSon cou de neige, et, dessus,Un petit insecte rose.

J’aurais dû - mais, sage ou fou,À seize ans, on est farouche, -Voir le baiser sur sa bouchePlus que l’insecte à son cou.

On eût dit un coquillage ;Dos rose et taché de noir.Les fauvettes pour nous voirSe penchaient dans le feuillage.

Sa bouche fraîche était là :Je me courbai sur la belle,Et je pris la coccinelle ;Mais le baiser s’envola.

- Fils, apprends comme on me nomme,Dit l’insecte du ciel bleu,Les bêtes sont au bon Dieu ;Mais la bêtise est à l’homme.

Un garçon de seize ans voit une coccinelle sur le cou d’une jeune fille et l’enlève au lieu de l’embrasser ; l’insecte lui fait alors la leçon avec un jeu de mots.

Conseils pour le dire

  • Mets en valeur la fin, qui joue sur deux mots proches : appuie sur « bêtes » dans « Les bêtes sont au bon Dieu », puis sur « bêtise » dans « Mais la bêtise est à l’homme ».
  • Pour la coccinelle, prends une petite voix sage et un peu moqueuse dès « Fils, apprends comme on me nomme », comme si l’insecte faisait la leçon au garçon.
  • Avant « Mais le baiser s’envola. », marque une petite pause, puis ouvre la main et suis des yeux quelque chose qui s’envole : la surprise fait sourire ton public.

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Le ciel est, par-dessus le toit

Paul Verlaine (1844-1896) · Sagesse

Le ciel est, par-dessus le toit,Si bleu, si calme !Un arbre, par-dessus le toitBerce sa palme.

La cloche dans le ciel qu’on voitDoucement tinte.Un oiseau sur l’arbre qu’on voitChante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,Simple et tranquille.Cette paisible rumeur-làVient de la ville.

- Qu’as-tu fait, ô toi que voilàPleurant sans cesse,Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà.De ta jeunesse ?

Le poète regarde le ciel bleu, un arbre et un oiseau, puis se demande ce qu’il a fait de sa jeunesse ; les vers longs et courts alternent comme une berceuse.

Conseils pour le dire

  • Chaque strophe alterne un vers long et un vers court. Dis le vers court plus doucement, comme un écho : « Si bleu, si calme ! », « Doucement tinte. », « Simple et tranquille. ».
  • Balance lentement la main de gauche à droite sur « Berce sa palme », puis tends l’oreille sur « La cloche dans le ciel qu’on voit », comme si tu l’entendais sonner.
  • La dernière strophe change de ton : le poète se parle à lui-même. Ralentis sur « Qu’as-tu fait, ô toi que voilà » et finis « De ta jeunesse ? » d’une voix grave.

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Le Laboureur et ses Enfants

Jean de La Fontaine (1621-1695) · Fables, livre V

Travaillez, prenez de la peine :C’est le fonds qui manque le moins.

Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine,Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritageQue nous ont laissé nos parents :Un trésor est caché dedans.Je ne sais pas l’endroit ; mais un peu de courageVous le fera trouver : vous en viendrez à bout.Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’oût :Creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle placeOù la main ne passe et repasse.Le père mort, les fils vous retournent le champ,De çà, de là, partout ; si bien qu’au bout de l’anIl en rapporta davantage.D’argent, point de caché. Mais le père fut sageDe leur montrer, avant sa mort,Que le travail est un trésor.

Un riche laboureur dit à ses fils qu’un trésor est caché dans leur champ ; en le retournant partout, ils découvrent que le vrai trésor, c’est le travail.

Conseils pour le dire

  • Dis les deux premiers vers comme un conseil d’ami, en regardant ton public : appuie sur « Travaillez » et sur « le fonds qui manque le moins ».
  • Accélère sur « Creusez, fouillez, bêchez » en faisant le geste de creuser à chaque verbe : trois coups de bêche pour trois mots.
  • Avant « D’argent, point de caché. », fais une pause et secoue la tête ; puis dis la leçon « Que le travail est un trésor » lentement, avec fierté.

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Questions fréquentes sur les poésies du CM2

Comment choisir une poésie en CM2 ?

Lis plusieurs poèmes de la période à voix haute et garde celui dont tu aimes le son ou l’histoire. Regarde aussi sa longueur : « Le Hareng saur » ou « Dans l’interminable ennui de la plaine » se retiennent vite grâce à leurs répétitions, alors que « Le Chêne et le Roseau » demande plus de temps. Si ton enseignant ou ton enseignante a donné une consigne, suis-la d’abord.

Comment apprendre une poésie rapidement ?

Apprends une strophe à la fois et redis-la plusieurs fois avant de passer à la suivante. Associe chaque strophe à une image ou à un geste : dans « Le Corbeau et le Renard », la main qui s’ouvre te rappelle « laisse tomber sa proie ». Repère aussi les vers qui reviennent, comme le refrain de « Le temps a laissié son manteau », puis récite le soir et le lendemain matin.

Pourquoi certains mots ont-ils une orthographe ancienne, comme « parens » ou « laissié » ?

L’orthographe du français a changé au fil des siècles. Sur cette page, certains textes gardent l’orthographe ancienne : « parens » et « cettui-là » chez Joachim du Bellay, « laissié », « pluye » ou « vestu » chez Charles d’Orléans. Ce ne sont pas des fautes. Ces mots veulent dire parents, celui-là, laissé, pluie et vêtu. Quand tu recopies le poème, garde l’orthographe du texte.

Ces poèmes sont-ils libres de droits ?

Oui. Tous leurs auteurs sont morts depuis plus de 70 ans : leurs poèmes appartiennent au domaine public. Tu peux donc les recopier, les apprendre et les réciter librement, en classe comme à la maison. Les textes de cette page ont été relevés sur Wikisource. Pense quand même à écrire le nom de l’auteur sous le poème dans ton cahier.

Comment présenter le cahier de poésie ?

Imprime le PDF du poème choisi et colle-le dans ton cahier. Si tu dois recopier le poème à la main, respecte les retours à la ligne, les majuscules en début de vers et la ponctuation, sans oublier le titre et le nom de l’auteur. Ensuite, illustre le poème dans le cadre du PDF : dessine une image précise tirée du texte, comme l’abeille de « L’Écolier » ou le hareng qui se balance au bout de sa ficelle.